Entrepreneurs français à Londres : Anne-Caroline, la fondatrice de L'Art et les Manières
L'interview d'Anne-Caroline, la fondatrice de L'Art et les Manières

L'interview d'Anne-Caroline, la fondatrice de L'Art et les Manières

Cette semaine, nous sommes allés à la rencontre d'Anne-Caroline Le Mintier, la fondatrice de L'Art et les Manières : une boutique d'objets décoratifs anciens.

Qui se cache derrière L'Art et les Manières ?

(Anne-Caroline Le Mintier) « J'ai 38 ans, je suis originaire de Rennes et je suis commissaire-priseur diplômée. J'ai fait des études de droit et d'histoire de l'art en Bretagne et à Paris, jusqu'à passer le concours qui a fait de moi un expert généraliste dont le terrain de jeu va de l'Antiquité à l'Art Contemporain.

Petite, je passais des heures à ranger et déranger les tiroirs de mes grands parents et à écouter mon grand père me parler de ses collections. Le gène de la collectionnite que m'a transmis ma famille me caractérise et en tant que passionnée d'histoire, je considère l'objet comme un témoignage et le reflet de la société à un instant donné.

En arrivant à Paris en 2006, j'ai découvert l'Hôtel Drouot et ses merveilles : l'amour de l'objet ne m'a plus quittée et j'ai eu la chance de travailler par la suite dans les plus prestigieuses maisons de vente parisiennes

Je suis par ailleurs également passionnée par l'histoire du costume et collectionneuse de bijoux du XIXe siècle. »

L'Art et les Manières, c'est quoi ?

(Anne-Caroline) « En arrivant à Londres pour y suivre mon mari il y a quelques années, j'ai décidé de passer de l'autre côté du miroir et de devenir marchande. 

J'achète, j'expertise et je vends, à la fois physiquement (sur Portobello Market et à des foires notamment) et en ligne (j'ai une boutique Etsy) des objets de charme, à la fois anglais et français. Uniquement des coups de cœur dont les matières, les auteurs et l'histoire me touchent.

Je fais également des estimations d'objets et des inventaires sur demande pour des particuliers et des professionnels. »

Pourquoi « L'Art et les Manières » ?

(Anne-Caroline) « L'Art en tant que résultat admirable, détestable et infini dans sa diversité, reflet d'un monde et de pensées à un moment donné.

Et Les manières pour les hommes et les femmes qui sont derrière l'Art, la beauté de leurs gestes, leur savoir infini de la matière qu'ils travaillent, leur talent qui rend une pièce unique et désirable.

En arrivant en Angleterre, j'ai décidé de connaître ce pays, son histoire et ses habitants en découvrant et en étudiant leurs objets. C'est une porte ouverte sur un monde qui m'émerveille chaque jour. Un ruban qui se déroule sans fin et qui force à ramifier ses connaissances. »

Où déniches-tu tes merveilles ?

(Anne-Caroline) « Je chine partout, tout le temps ! Faire de sa passion un métier est un privilège : je ne me contrains pas à travailler, je me nourris de ce que je découvre.

À la fois en ligne, dans les boutiques et sur les marchés, les opportunités de « rencontrer » un objet sont infinies. »

Quelle est la différence entre un antiquaire et un brocanteur ?

(Anne-Caroline) « Les anglais font assez peu la différence entre ces deux métiers dont les frontières sont floues. Je dirais que l'attention portée à la mise en valeur de l'objet (son ancienneté, son prix, son état, la documentation qui l'accompagne) est déterminante. »

Pas trop difficile de conjuguer vie de famille et entrepreneuriat ?

(Anne-Caroline) « L'entrepreneuriat est pour moi synonyme de souplesse et de liberté pour conjuguer une vie professionnelle et de femme avec 3 enfants. »

Comment as-tu trouvé tes premiers clients ?

(Anne-Caroline) « J'ai raconté à certaines personnes l'histoire de mes trouvailles avec des étoiles dans les yeux.

Quand on est convaincu de la singularité d'un objet et de ses qualités, qu'on en parle avec tendresse, on est convaincant. Ils sont repartis avec ces pièces pour lesquelles ils ont eu un coup de foudre. »

Une anecdote à partager ?

(Anne-Caroline) « Il y a de nombreux objets qui s'offrent à vous presque sans qu'on les choisisse. Il arrive de les recroiser dans un autre contexte, dans une vitrine ou au cou d'une autre personne et de les reconnaître. Il m'arrive de repenser à ces rencontres et de regretter de ne pas avoir acheté certaines pièces pendant des années... »

La crise sanitaire liée à la Covid-19 et le Brexit ont-ils eu un impact sur ton activité ?

(Anne-Caroline) « Le monde des marchands d'objets est très traditionnel et la crise sanitaire a obligé ceux qui souhaitaient garder une visibilité à utiliser internet, quand tous les marchés étaient fermés.

Mon activité s'est paradoxalement beaucoup développée pendant le confinement, en raison de la forte attractivité des plateformes de vente en ligne. »

Tes projets futurs pour L'Art et les Manières ?

(Anne-Caroline) « Les foires reprennent doucement et j'attends avec impatience les rendez-vous récurrents avec mes acheteurs. 

Des ventes privées chez moi sont également en préparation pour l'année à venir.  Elles se présenteront comme des collections éphémères d'objets à découvrir, à (s')offrir et à transmettre. »

Un conseil à donner à un entrepreneur en devenir ?

(Anne-Caroline) « La persévérance, l'éthique et l'humilité doivent gouverner - selon moi - la vie d'un entrepreneur.

Je crois qu'il y a autant d'aventures entrepreneuriales que d'individus et que tant que la passion reste moteur, il faut s'accrocher. »