Entrepreneurs français à Londres : Charlotte, l'auteur de We Are Bilingual
L'interview de Charlotte, l'auteur de We Are Bilingual

L'interview de Charlotte, l'auteur de We Are Bilingual

Cette semaine, nous sommes allés à la rencontre de Charlotte West-Lamorinière, l'auteur de We Are Bilingual : un livre pour enfants célébrant le bilinguisme et la diversité.

The Bilingual Club

Série littéraire

Qui se cache derrière The Bilingual Club ?

(Charlotte West-Lamorinière) « Je suis française d'origine normande, j'ai 36 ans, je vis en Angleterre depuis 2011 et je suis maman depuis octobre 2020.

J'ai un parcours que l'on pourrait qualifier d'assez... éclectique !

En 2003, après mon baccalauréat, je suis partie en Angleterre pour travailler comme assistante de langue. Mon contrat n'était que pour 6 mois, alors une fois sur place j'ai cherché un autre contrat : j'ai fait 6 mois de plus en tant qu'assistante de professeur dans une école pour enfants handicapés. J'aurais adoré y poursuivre mes études - mais c'était malheureusement difficilement envisageable financièrement.

De retour en France (au Havre), j'ai passé un Master 1 en anglais (LLCE), je suis également devenue tutrice pour les étudiants handicapés de ma faculté et j'ai travaillé dans son centre culturel. Entre deux, j'ai multiplié les petits boulots et un été (2005), j'ai profité de mes vacances pour partir faire jeune fille au pair en Californie !

J'ai toujours eu la fibre du voyage, l'envie de faire de nouvelles rencontres et de venir en aide à ceux qui en ont besoin.

En 2010, l'aventure s'est prolongée à l'étranger quand j'ai été sélectionnée dans le cadre d'un programme pour devenir assistante de langue en Australie : je suis partie 18 mois à Melbourne où j'ai travaillé dans une école primaire bilingue français/anglais et un collège/lycée australien anglais. J'ai également profité de ce voyage pour faire du bénévolat dans une communauté aborigène pendant 1 mois, puis de nouveau 2 semaines, en plein milieu du désert.

À la fin de mon aventure australienne, 2 possibilités s'offraient à moi :

  • Rentrer en France et passer mon CAPES pour devenir professeure d'anglais
  • Devenir professeure dans un pays anglophone

J'ai finalement choisi de passer le PGCE (de 2011 à 2013) à l'université de Canterbury Christ Church, l'avantage étant qu'il pouvait également être reconnu en Australie après 2 ans d'expérience - et l'envie de repartir était encore bien présente dans ma tête ;-)

En parallèle, j'ai aussi passé un Master pro en ingénieries de l'enseignement et de la formation en français langue étrangère (en partenariat avec l'université de Canterbury), pour avoir un statut de formatrice et créatrice de ressources pédagogiques (manuels scolaires, plateformes e-learning, etc.) au cas où je rentrerais un jour en France.

Je suis finalement arrivée à Londres en 2014 - pour rejoindre mes amis et vivre dans cette belle et grande ville cosmopolite - où j'ai travaillé pendant 7 ans comme professeure de français et d'espagnol dans une école anglaise.

Pour l'anecdote, en Angleterre, quand on enseigne une langue, on nous demande généralement d'en enseigner une seconde. Ayant fait espagnol LV2 au bac, j'ai choisi cette langue que j'ai finalement appris sur le tas en l'enseignant à mes élèves. 7 ans plus tard j'enseigne l'espagnol jusqu'à l'équivalent de la 4ème/3ème ! »

Pourquoi Londres ?

(Charlotte) « J'ai pas mal voyagé par le passé (Australie, Italie, États-Unis, etc.) et la ville de Londres s'est un peu présentée comme une évidence si je voulais rester en Europe.

En arrivant en Angleterre en 2011, j'ai vécu dans le Kent pendant presque 3 ans, j'allais régulièrement à Londres voir mes amis et la diversité des gens que je pouvais y rencontrer m'a toujours fait vibrer ! Au lieu d'y aller une à deux fois par mois, je me suis dit qu'il serait aussi bien de m'y installer. »

The Bilingual Club, c'est quoi ?

(Charlotte) « The Bilingual Club est une jeune maison d'édition qui produit des petits livres bilingues de qualité, avec de belles histoires, de belles illustrations et une approche d'expert.

Mon travail a pour but de promouvoir la diversité, telle qu'on peut la voir à Londres. En tant que professeure et gouverneur bénévole dans une école pour enfants handicapés, je voulais que mes personnages ressemblent à mes élèves : ils sont issus de différentes ethnies et certains ont un handicap.

Quand j'ai commencé à travailler sur mon premier livre, j'ai tout de suite eu des idées pour d'autres publications, je me suis alors dit que ce serait sympa de partir sur un projet de collection de livres pour enfants et/ou de ressources à exploiter en classe.

J'ai eu plusieurs échanges avec des éditeurs - dont une éditrice très sympa qui m'a expliqué que la période de crise sanitaire liée à la Covid-19 avait pas mal ralenti la sélection de nouveaux titres et la niche du livre bilingue ne faciliterait pas les choses pour moi.

Je souhaitais également rester maître de mes choix et certaines pratiques marketing utilisées par les maisons d'édition allaient totalement à l'encontre de ce principe.

Je devais faire confiance à mon feeling et à mon expertise, quitte à mettre la main au portefeuille, mais il était important que ce projet reste mien. J'ai donc décidé d'ouvrir ma propre maison d'édition. »

Pourquoi le sujet du bilinguisme ?

(Charlotte) « Tout est parti de la recherche d'un petit livre sur le bilinguisme pour ma fille, que je ne trouvais pas !

Je n'avais jamais eu comme projet de me lancer dans une telle aventure - mais quand on y réfléchit, ça fait sens : je suis professeure de français et d'espagnol et je travaille dans un établissement où plus de 50 langues sont parlées. J'ai toujours travaillé soit dans l'enseignement des langues ou avec un public étranger et j'aime l'idée de créer des « ponts » grâce à la langue.

En Angleterre, on considère qu'un enfant qui parle français ou espagnol a fait des études prestigieuses, et on célèbre cette prouesse ! C'est génial, mais j'aimerais qu'on célèbre aussi le bilinguisme des élèves qui parlent d'autres langues, comme l'arabe, le farsi, le punjabi, etc. »

Comment s'est passée l'écriture de « We Are Bilingual » ?

(Charlotte) « Je m'étais déjà essayée à l'écriture étant plus jeune mais je n'ai jamais autant cru dans un projet que celui-ci.

Quand j'ai eu mon premier texte, je l'ai montré à une collègue professeure de primaire que je savais très franche : j'attendais un retour objectif de sa part, positif ou négatif, je n'aurais aucun regret - et finalement... elle était super emballée !

Pour la suite et afin d'être sûre de faire les bons choix et d'aller dans la bonne direction, j'ai fait appel à une vingtaine de pré-lecteurs : parents bilingues et professionnels de l'éducation (professeurs, nourrices, etc.). J'étais déjà totalement convaincue par mon projet, mais avoir des retours positifs de ces experts dans le domaine a consolidé l'idée que mon plan tenait la route.

Après quelques mois de travail, mon premier livre « We are bilingual » est finalement disponible à la vente ! »

Comment as-tu choisi ton illustrateur ?

(Charlotte) « J'ai fait beaucoup de recherches pour trouver le style que j'avais en tête et j'ai finalement trouvé Sivatoslav.

Il est bilingue anglais-ukrainien, on s'est rencontré sur Zoom et le contact est tout de suite passé ! C'était important pour moi car je voulais travailler en équipe, pas juste  «passer commande ». Il a été très ouvert et à l'écoute de mes envies : les différentes origines de mes personnages, la représentation du handicap de façon non dramatique, etc. »

Une anecdote à partager ?

(Charlotte) « Deux de mes personnages existent dans la vraie vie :

  • la professeure est une collègue, professeure de primaire à Londres, celle à qui j'ai présenté mon projet en premier.
  • et notre chat : j'aimais l'idée de l'immortaliser, lui et ses mimiques, dans mon premier livre pour enfants. »

Pas trop difficile de conjuguer vie de famille et entrepreneuriat ?

(Charlotte) « Au contraire, je suis le genre de personne qui a toujours besoin d'avoir de nouveaux projets, à l'école je suis le style de professeure qui organise des voyages avec les élèves, met en place des correspondances entre écoles, fait venir des intervenants, etc.

Quand ma fille est née, en pleine période de crise sanitaire, j'étais en congé maternité chez moi et je ne voyais plus personne - ni élèves, ni amis, ni famille. Quelque part mon livre m'a permis d'avoir un nouveau projet, de garder la tête hors de l'eau et de sortir un peu de ma nouvelle routine de maman ! »

La crise sanitaire liée à la Covid-19 et le Brexit ont-ils eu un impact sur ton activité ?

(Charlotte) « Oui et non. À cause de la crise sanitaire liée à la Covid-19, j'ai vécu une grossesse et un congé maternité très particulier, je me suis retrouvée très isolée - mais au final peut-être que cela a exacerbé ma créativité ?

L'impression et l'expédition de mon livre étant principalement gérées par Amazon, qui est présent aux quatre coins du monde, je n'ai pas vraiment été impactée par le Brexit. Seul IngramSpark, avec qui je travaille pour fournir les stocks aux librairies a légèrement augmenté ses tarifs. »

Où acheter ton premier livre « We are bilingual » ?

(Charlotte) « Partout dans le monde sur Amazon ! Au prix de £4,99 (ou 5,99€) pour le format Kindle Fire, et £8,99 (ou 10,54€) pour le format papier. 

Pour ceux qui ne souhaitent pas passer par Amazon, il est aussi disponible chez Little Linguist et Waterstones et Book Depository. Et il est également possible de le commander dans n'importe quelle librairie en donnant le titre du livre, mon nom, et idéalement l'ISBN (978-1-915096-00-5). »

Tes projets futurs pour The Bilingual Club ?

(Charlotte) « Je travaille actuellement sur les versions anglaise/espagnole et anglaise/arabe de mon livre « We are bilingual ». La version anglaise/italienne est maintenant disponible sur Amazon - et pour compenser le fait que je ne puisse (financièrement parlant) le proposer dans toutes les langues, j'ai également créé une version personnalisable « Add your own language » (également disponible sur Amazon).

J'adorerais pouvoir le vendre dans les librairies françaises du monde entier et organiser des évènements où vendre et signer des exemplaires pour rencontrer les lecteurs.

Ensuite, si tout se passe bien, mon souhait est bien évidemment de publier d'autres histoires ! »

Un conseil à donner à un entrepreneur en devenir ?

(Charlotte) « Croire en son projet et bien s'entourer : tenir compte des avis d'experts bienveillants et faire abstraction des commentaires non constructifs des personnes qui ne connaissent pas le domaine. Si on croit en son projet et que le marché a une ouverture pour le produit ou le service qu'on a en tête, alors il faut foncer ! »